Fin d’hivernage

Après plus de 8 mois d’hivernage, d’aventures, de rencontres et de moments forts, la fin de l’hiver se fait sentir. L’arrivée du premier avion symbolise cet instant, rempli d’émotions. Il marque la fin d’une vie à 23, d’un équilibre. Il annonce aussi le retour en métropole très proche … Allez, avec beaucoup de retard, je vous raconte tout ça !

Je vous avais promis une aventure ! Et là, il manque encore la fin. Je vous entends, au loin, demander comment cette vie à 23 s’est terminée. Est-ce qu’on a fini par s’entretuer ? Est-ce qu’on avait assez à manger ? Est-ce qu’un black-out a plongé la station dans le noir, sans chauffage ni électricité, causant la mort de 23 hivernants (après tout, s’il n’y a pas de survivant, il n’y a pas de raison que ça paraisse dans la presse) ? Est-ce qu’un ours polaire, venu du nord du Canada sur son iceberg, aurait débarqué sur la station, me dévorant dans mon sommeil ?

Rassurez-vous, aux dernières nouvelles, chacun et chacune d’entre nous va bien. La campagne d’été, les vacances puis la vie active ne m’ont laissé que peu de temps pour finir de raconter cette histoire. Mais ne croyez pas que je vous ai oubliés. J’ai encore une quinzaine d’articles à vous écrire. De quoi vous tenir en haleine !

Alors, êtes-vous prêt.e.s à vous replonger 6 mois en arrière ? Aujourd’hui, je vous embarque pour un article majeur. Celui que tout le monde attend : la fin de l’hivernage !

Rappelez-vous : nous sommes 23 hivernants sur la station. Nous sommes fin octobre 2023. Le dernier bateau a quitté la station Dumont d’Urville il y a environ 8 mois. Nous avons vécu la formation de la banquise, les nuits qui s’allongent de près d’une heure par semaine, avec pour corollaire des journées de quelques heures, les premières aurores australes, les tempêtes, et même un appel nocturne de Thomas Pesquet. Après ces 8 mois de travail intensif, j’avoue être assez éprouvé par l’hivernage. Heureusement, le retour des beaux-jours, du Soleil et de la faune estivale impulsent une nouvelle dynamique sur la station, propice à la préparation de la campagne d’été qui approche maintenant à grands pas !

L’incroyable équipe avec laquelle j’ai eu l’honneur d’hiverner a toujours été au rendez-vous. Bien que l’hiver soit éprouvant, chacun et chacune aura pris sur lui pour que tout se passe au mieux. Quelques accrochages tout au plus, qui, avec du recul, sont si futiles qu’ils sont déjà oubliés. Chaque soirée, chaque repas, chaque petit événement, chaque sortie sur la banquise auront imprégné nos vies de souvenirs inoubliables. Et c’est évidemment à la TA73 toute entière qu’il faut faire honneur pour cela 💕

Mais il faut bien une fin à tous ces beaux moments, qui, je dois bien l’avouer, me remuent encore quand j’y pense …

La fin officielle de l’hivernage correspond à l’arrivée des premiers campagnards, souvent en avion. Vous souvenez-vous du dicton :

En Antarctique, pas de pronostics !

Il n’aura jamais aussi bien porté son nom ! Prévu initialement pour le 30 octobre, le premier vol n’arrivera finalement que le 8 novembre ; nous faisant enchaîner espoir, angoisse et déceptions, à l’idée de rencontrer de nouvelles personnes. Et pas n’importe lesquelles : nos successeur.euse.s ! Et oui, iels sont bien heureux.ses nos remplaçant.e.s, à la fois à l’idée de quitter la station italienne où ils sont bloqués depuis près de deux semaines, mais surtout à l’idée de se mettre au boulot ! Certains et certaines devront attendre encore un peu : la soixantaine de personnes ne pouvant être amenée sur un seul vol, les plus urgents partiront en premier. Le second vol doit partir dans la foulée, mais la météo retardera à nouveau leur vol d’une bonne dizaine de jours. Ils n’arriveront qu’après que l’Astrolabe a approché nos côtes, c’est dire ! L’occasion d’apprendre l’Italien (peut-être) ou de manger les fameuses glaces italiennes de la station Mario Zucchelli, tant réputées dans la communauté polaire !

D’après les vétérans et habitués des stations polaires, il paraît qu’on juge de la qualité d’un hivernage à l’ambiance générale de l’accueil des campagnards. Si les hivernants sortants vivent ça comme une délivrance, et tirent la tronche, c’est qu’il était tant que la fin arrive ! Au contraire, pour nous, paraît-il que l’accueil laissait paraître que l’hivernage s’était bien passé, et que la TA était encore pleine d’énergie et d’enthousiasme ! 

Les voilà donc débarquées. Certains découvrent la station avec les mêmes pépites dans les yeux que moi, un an plus tôt. D’autres sont des têtes connues avec qui nous avions partagé près de 4 mois de campagne d’été l’an passé. C’est donc un véritable plaisir de les retrouver. Les cheveux auront poussé entre temps, et la peau se sera légèrement éclaircie (même si depuis, nous avons tout de même retrouvé le soleil !). Les blagues à ce sujet ne manqueront pas. Mais ces futilités ne gâcheront pas la joie de redécouvrir le goût d’un fruit (presque) frais ! Des oranges, amenées par notre chère coordinatrice scientifique ! C’est tellement bon ! Cela fait près de 5 mois que je n’ai pas touché un fruit frais (à part des pommes insipides).

Avec le premier vol viendra aussi mon nouveau boîtier d’appareil photo. Car le mien a rendu l’âme 15 jours plus tôt, lors d’un long time lapse. Il faut dire que l’obturateur est garanti pour 100 000 photos. Or, sur cet hivernage, on est plutôt sur 800 000 photos, dont certains time lapse de près de 12 h de long, par -30°C. Il aura tenu presque jusqu’au bout ! Mais je ne pouvais tout de même pas terminer le voyage avec mon téléphone pour unique appareil photo … Comment je vous fais des articles après moi ? 🙂 

Avec ce premier avion arriveront aussi quelques nouveautés cinématographiques. Nous vivrons ainsi une incroyable projection de Barbie, qui aura fait salle comble, et sera un avant goût de cette délicieuse sensation de vibrer avec le public d’un cinéma !

Nous tissons de nouveaux liens, que l’on sait éphémères : un hivernage se vit pleinement, et il n’est pas question de s’accrocher à cette aventure en faisant porter le poids du manque à nos successeurs, une fois que l’on est de retour en métropole. J’accepte donc que ces quelques semaines soient l’occasion de rencontrer des personnes toutes plus incroyables les unes que les autres ! Transmettre un maximum, tout en laissant le plaisir de la découverte. Profiter des derniers instants de notre TA au complet, sans prendre toute la place. Voilà le défi du début de la campagne d’été. Pour ma part, c’est aussi un moment où j’ai pu me relâcher (moins de travail la nuit) et prendre conscience de la magie de l’aventure que je venais de vivre. 

© Emilie FENETRIER - TAAF - TA73

Et la suite de la campagne d’été ? L’Astrolabe, le départ, tout ça ? 

Vous avez attendu 6 mois, vous pourrez bien attendre quelques jours de plus ! Surtout que l’Astrolabe, lui aussi, a dû attendre que la banquise s’en aille ! Il n’a même pas pu accoster au Lion comme d’habitude … Mais ça, c’est pour un autre article !

Il me semble important de remercier à nouveau ma TA, celles et ceux avec qui j’ai eu le privilège d’hiverner, et qui m’auront fait murir jusqu’au départ. Aujourd’hui dispersés aux quatre coins de l’hexagone (et même au-delà), ils me manquent souvent !
Merci également aux nouveaux.elles arrivant.e.s pour leur gentillesse, leur bienveillance et leur confiance. Ils nous ont aidés à partir sereins, sans nous faire sentir qu’il fallait leur laisser les manettes et qu’il était temps qu’on fasse nos valises. 
Merci enfin à tous ces habitués et vétérans de la station, à commencer par les permanents de l’Institut polaire français, pour tout le travail qu’ils mènent, en métropole comme en mission, pour faire en sorte que la Recherche polaire française puisse briller. Ils sont à la fois le sang de la station (celui qui tourne, fourmille, et apporte tout ce dont elle à besoin), et les témoins du temps long. Leurs récits sont une source d’inspiration inépuisable. 

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